Adrien Guihal, alias Abou Oussama al-Faransi, vétéran du djihad français et ancien porte-voix de Daesh, est incarcéré en Syrie depuis 2018. L’homme qui avait revendiqué l’attentat de Nice en 2016, ainsi que l’assassinat d’un couple de policiers à Magnanville, souhaite aujourd’hui rentrer en France. Une demande qui relance le débat sur le rapatriement des combattants français de l’État islamique.
Une demande portée devant la justice
Son avocat, Me Étienne Mangeot, a saisi la cour administrative d’appel de Paris le 12 février afin de trancher la question de la compétence juridique pour ordonner son rapatriement. Me Mangeot estime que le refus de la France de le rapatrier représente « un danger » pour le pays. Selon lui, laisser Adrien Guihal dans les prisons syriennes contrôlées par les forces kurdes pourrait accroître l’instabilité régionale et compliquer la gestion des prisonniers étrangers. Ce n’est pas la première fois que le rapatriement de Guihal est évoqué. Sa mère avait déjà sollicité les autorités françaises en 2022 et 2023 pour obtenir son retour, sans succès. La cour administrative ne tranchera pas directement sur la question du rapatriement, mais décidera si un tribunal peut ordonner son retour en France.
Depuis la chute du califat de Daesh, la France a adopté une ligne stricte concernant le rapatriement des djihadistes. Si 166 enfants et 57 femmes ont été rapatriés entre 2022 et 2023, Paris a mis fin à ces opérations malgré les pressions internationales, notamment celles de la Cour européenne des droits de l’homme. Le Quai d’Orsay maintient que les djihadistes doivent être jugés sur place, refusant de rapatrier les combattants français encore détenus en Syrie. Adrien Guihal, visé par un mandat d’arrêt international, pourrait toutefois, en cas de retour, être immédiatement placé en détention et jugé en France.
Un cas qui pose un dilemme sécuritaire
Me Mangeot affirme que le maintien de Guihal en Syrie représente un risque pour la sécurité nationale. « D’un strict point de vue sécuritaire, les savoir dans des prisons françaises, judiciarisés en France, est une solution plus sûre », argue l’avocat. Il souligne également les conditions de détention difficiles dans la prison de Derik, où sont incarcérés 65 Français sous contrôle kurde. Ce dossier soulève un débat plus large sur la gestion des anciens combattants de Daesh. Faut-il les rapatrier pour les juger en France, ou les laisser dans des prisons syriennes avec le risque qu’ils échappent au contrôle des autorités ? Pour l’instant, la réponse reste avant tout politique.
La question du rapatriement des djihadistes français reste un enjeu à la fois judiciaire et politique. Le gouvernement craint une opinion publique hostile à l’idée de voir des combattants de Daesh revenir sur le territoire national, même sous haute surveillance judiciaire. Toutefois, la non-intervention de la France dans certains cas pourrait être perçue comme une violation des droits fondamentaux. D’un côté, certains plaident pour une justice impartiale et une prise en charge des anciens djihadistes en France, où ils pourraient être jugés dans le cadre de l’État de droit. De l’autre, les autorités redoutent des éventuelles libérations anticipées, qui poseraient un danger direct pour la sécurité nationale.
Ce dossier soulève un débat plus large sur la gestion des anciens combattants de Daesh. Faut-il les rapatrier pour les juger en France, ou les laisser dans des prisons syriennes avec le risque qu’ils échappent au contrôle des autorités ? Pour l’instant, la réponse reste avant tout politique et dépendra des décisions de la cour administrative d’appel de Paris dans les semaines à venir.