Dimanche 16 février, un commando d’une vingtaine de personnes cagoulées a fait irruption dans les locaux de l’Association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie (ACTIT), en plein 10e arrondissement de Paris. Lors d’une projection du film antifasciste Z de Costa-Gavras, l’attaque a été menée avec une brutalité extrême. « Quand la porte s’est ouverte et qu’on a vu les visages masqués, cagoulés, on a su qu’ils étaient venus pour en découdre », a témoigné Paul, militant CGT agressé, auprès de France Inter.
Les assaillants étaient équipés de tessons de bouteilles et ont violemment frappé plusieurs personnes présentes. La victime, blessée et transportée à l’hôpital, a pu sortir dans la nuit de dimanche à lundi. « Ils m’ont tabassé », a-t-il déclaré. Six des agresseurs ont été interpellés par la police dans une station de métro à proximité, et sont actuellement en garde à vue. Une source proche de l’enquête a confirmé à Libération que « tous les gardés à vue, interpellés dans le métro près des lieux des faits, sont de la mouvance d’extrême droite radicale ».
Une montée inquiétante de l’ultradroite
Ali, membre de l’ACTIT, a également exprimé son inquiétude face à la banalisation des actes de violence perpétrés par l’ultradroite : « On voit partout en France, et même en Europe, la montée des mouvements d’ultradroite et leur violence. Ils peuvent organiser des manifestations chaque année, se balader tranquillement dans les rues de Paris avec des signes néonazis. On voit qu’il n’y a pas de condamnation judiciaire qui peut les dissuader », a-t-il déclaré à France Inter.
Sur place, les assaillants ont laissé un autocollant siglé « KOB veille », une référence probable au Kop of Boulogne, un groupuscule d’hooligans racistes ayant marqué les années 1990. Cette attaque s’inscrit dans un contexte tendu, rappelant les assassinats ciblés de militants kurdes en 2013 et 2022 dans le même arrondissement. « Cette attaque vise clairement à empêcher l’organisation des travailleurs immigrés et la lutte de la jeunesse anticapitaliste et antifasciste organisée contre le fascisme et le racisme », a dénoncé l’Union des forces démocratiques (DGB) et la Fédération allemande des travailleurs migrants (AGIF) dans un communiqué.
Des réactions politiques et une enquête en cours
Le Parti communiste français (PCF), proche de l’ACTIT, a exigé dans un communiqué « le démantèlement de tous les groupuscules fascistes face aux idées de haine et de rejet qui alimentent le débat public ». De leur côté, plusieurs associations antifascistes ont organisé un rassemblement lundi soir près de la gare de l’Est, en signe de solidarité avec les victimes. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « tentative d’homicide volontaire ». Si la justice française se veut ferme, la multiplication des actes violents de groupuscules d’extrême droite alimente la peur d’un retour à des affrontements politiques violents. Alors que la tension ne cesse de croître, la question du traitement judiciaire et politique des mouvances d’ultradroite reste plus que jamais d’actualité.