Mercredi 19 février, Édouard Elias, photographe et ancien otage de Daech, a témoigné pour la première fois publiquement devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Détenu durant onze mois en Syrie entre 2013 et 2014, il s’est exprimé sur les sévices subis et a livré un récit poignant sur l’enfer de sa captivité. Parmi les accusés figurent Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat contre le Musée juif de Bruxelles en 2014, déjà condamné à la perpétuité en Belgique, ainsi que quatre autres hommes poursuivis pour actes de torture et séquestration à caractère terroriste.
Un retour sur les mois d’horreur
« Ce matin, c’était dur parce qu’il fallait se rappeler des copains morts », a confié Édouard Elias au micro de France Inter après son passage à la barre. Ce témoignage, qu’il jugeait essentiel pour « contribuer à la justice », a plongé la salle d’audience dans une atmosphère pesante. Le photographe a raconté en détail les traitements inhumains infligés aux otages : privation de nourriture, privation de sommeil, simulacres d’exécutions. « Une serviette remplie d’eau, avec de l’eau qui rentrait dans les poumons », a-t-il décrit, évoquant des méthodes de torture similaires à celles pratiquées dans des centres de détention secrets.
Pour Édouard Elias, témoigner aujourd’hui est aussi une manière d’honorer la mémoire des victimes syriennes, qui ont enduré ces violences à une échelle bien plus massive. « On entendait les gens se faire torturer, massacrer, tuer à longueur de journée. Cet abattoir qu’était l’hôpital ophtalmologique d’Alep, et d’autres lieux où on a été détenus, c’était leur quotidien », a-t-il expliqué à France Inter.
Un combat judiciaire pour la vérité
Les anciens otages français ont été détenus aux côtés de nombreux captifs syriens, dont les souffrances, bien que souvent passées sous silence, restent une réalité indélébile pour ceux qui en ont été témoins. Édouard Elias a insisté sur ce point, différenciant leur statut de journalistes occidentaux ayant choisi de se rendre en Syrie de celui des habitants vivant sous la terreur de Daech. Devant la Cour, il a formellement reconnu la voix de Mehdi Nemmouche, un élément clé du dossier. Ce dernier, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, continue de nier toute implication dans la détention des journalistes. Pourtant, plusieurs preuves et témoignages tendent à démontrer son rôle actif dans leur captivité.
Ce procès dépasse la seule question de la responsabilité individuelle des accusés : il est un rappel brutal de la violence aveugle exercée par Daech et de la nécessité de juger ceux qui y ont pris part. Pour Édouard Elias et les autres survivants, ce procès est une étape essentielle, non seulement pour rendre justice aux victimes, mais aussi pour que l’histoire de ces geôliers et de leurs crimes ne tombe pas dans l’oubli.
« On est là parce qu’on a entendu des voix françaises. On sait que ce sont des gens dangereux », a affirmé le photographe à France Inter. En témoignant avec force et précision, il contribue à faire entendre celles et ceux qui, sous le joug de l’État islamique, n’ont jamais eu la possibilité de parler.