En pleine journée, un individu fiché pour radicalisation a semé la terreur en plein centre-ville avant d’être neutralisé par la police. Cet acte, qualifié de terroriste par les autorités, soulève de nombreuses questions sur la gestion des individus radicalisés en situation irrégulière et ravive les tensions politiques. Retour sur les faits et les premières réactions.
Un assaillant ultra-violent neutralisé en dix minutes
L’attaque s’est déroulée aux abords du marché du canal couvert, un lieu très fréquenté en ce samedi après-midi. À 15h40, un individu armé d’un couteau et d’un tournevis s’en est pris à deux agents du stationnement, blessant grièvement l’un d’eux à la carotide. Il a ensuite poursuivi son assaut en poignardant un passant de 69 ans, de nationalité portugaise, qui a succombé à ses blessures. Selon plusieurs témoins, l’assaillant a crié « Allah Akbar » à plusieurs reprises durant son passage à l’acte, renforçant la thèse d’un attentat à motivation islamiste. À 15h50, soit dix minutes après le début de l’attaque, il a été maîtrisé par les policiers municipaux. Plutôt que d’utiliser leur arme à feu, ceux-ci ont réussi à le neutraliser avec une matraque, témoignant d’un sang-froid et d’un professionnalisme salué par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
Le profil de l’assaillant soulève de nombreuses interrogations sur la gestion des individus radicalisés en France. Agé de 37 ans et originaire d’Algérie, il était arrivé illégalement sur le territoire en 2014. Il était fiché au FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste) et avait déjà été condamné en 2023 à six mois de prison pour apologie du terrorisme. Lors de cette condamnation, une expertise psychiatrique avait diagnostiqué une schizophrénie, donnant une dimension psychiatrique à son acte. Malgré une obligation de quitter le territoire français (OQTF), son expulsion a été refusée à dix reprises par l’Algérie. Assigné à résidence, il devait pointer quotidiennement au commissariat, une mesure manifestement insuffisante pour prévenir le passage à l’acte.
Une réaction politique immédiate et un débat explosif
Dès l’annonce de l’attaque, le président Emmanuel Macron a qualifié cet acte de « terrorisme islamiste » et a exprimé ses condoléances aux proches des victimes. Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a insisté sur la responsabilité des « désordres migratoires » dans la survenue de cet attentat et a réaffirmé l’urgence de durcir les procédures d’expulsion des étrangers radicalisés. L’opposition a également réagi vivement. Jordan Bardella, président du Rassemblement National, a dénoncé « une faillite totale de l’État » en matière de sécurité et a exigé des mesures immédiates pour renforcer le contrôle des fichés S et l’expulsion des individus radicalisés. De son côté, le gouvernement a convoqué un conseil interministériel sur l’immigration, initialement prévu avant l’attaque, pour renforcer les mesures de sécurité et de contrôle aux frontières.
Cet attentat s’inscrit dans un contexte de menace persistante. En 2024, 66 enquêtes pour terrorisme islamiste ont été ouvertes en France, soit une hausse de 70 % par rapport à l’année précédente. Le dernier attentat mortel avant celui de Mulhouse remontait à décembre 2023, lors de l’attaque près de la tour Eiffel qui avait fait un mort et deux blessés, a rappelé Olivier Christen, procureur antiterroriste. L’affaire de Mulhouse met une fois de plus en lumière les défis sécuritaires et migratoires auxquels la France est confrontée. Elle relance un débat national sur la nécessité d’un durcissement des lois anti-terroristes et sur la capacité de l’État à empêcher de tels actes avant qu’ils ne se produisent.