La justice française a rendu son verdict. Ce mercredi 26 février, Brahim Aouissaoui a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté incompressible. Cette peine, la plus lourde du Code pénal, signifie qu’il ne pourra jamais bénéficier d’un aménagement de peine. La cour d’assises spéciale de Paris a ainsi suivi les réquisitions du Parquet national antiterroriste (Pnat), qui avait souligné la dangerosité intacte de l’accusé et la barbarie de son acte.
Un crime d’une extrême violence
Le 29 octobre 2020, Brahim Aouissaoui, alors âgé de 21 ans, s’est introduit dans la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption à Nice, armé d’un couteau de cuisine. En moins d’un quart d’heure, il a sauvagement assassiné trois fidèles : Nadine Devillers, 60 ans, quasiment décapitée, le sacristain Vincent Loquès, 54 ans, égorgé, et Simone Barreto Silva, 44 ans, mère de trois enfants, poignardée à 25 reprises avant de succomber à ses blessures. L’attaque a duré 14 minutes, plongeant la basilique dans une scène de terreur absolue. Lorsque les forces de l’ordre sont intervenues, Aouissaoui s’est retourné contre elles, tentant de leur asséner des coups avant d’être neutralisé par balles. Il était également accusé de sept tentatives d’assassinat visant les amis d’une victime et les policiers municipaux qui l’ont stoppé.
Dès le début du procès, l’accusé n’a pas cherché à nier son implication. Pour la première fois, il a reconnu les faits devant la cour : « Oui, je reconnais les faits », a-t-il déclaré. Toutefois, il a tenté de justifier son acte en évoquant une vengeance contre l’Occident : « Tous les jours, vous tuez des musulmans innocents, se venger est un droit et une vérité », a-t-il soutenu. Malgré ces aveux, il a contesté la qualification de terroriste, refusant d’être associé à cette idéologie : « Je ne suis pas un terroriste, je suis un musulman », a-t-il affirmé, tentant d’expliquer que son passage à l’acte n’avait pas été prémédité et que ses victimes avaient été choisies « au hasard ».
Une peine rarissime et exemplaire
La réclusion criminelle à perpétuité incompressible est une sanction extrêmement rare dans le droit français. Elle signifie que l’accusé ne pourra jamais demander de libération conditionnelle. Seule une grâce présidentielle ou un avis favorable du tribunal d’application des peines après 30 ans de détention pourraient modifier cette sanction, une perspective hautement improbable. Cette peine avait déjà été prononcée contre Salah Abdeslam pour sa participation aux attentats du 13 novembre 2015. Le Pnat avait insisté sur la nécessité de garantir que Brahim Aouissaoui ne puisse plus jamais représenter une menace pour la société. « Il est enfermé dans son fanatisme totalitaire et barbare », ont affirmé les avocates générales dans leur réquisitoire.
Depuis son incarcération en 2020, Aouissaoui a fait l’objet d’une cinquantaine d’incidents en détention, notamment pour la fabrication d’armes artisanales. Placé à l’isolement, il a dénoncé ses conditions de détention, tout en reconnaissant que les précautions prises par les autorités pénitentiaires étaient justifiées. Son attitude en prison a renforcé la conviction des juges qu’il demeurait une menace majeure.
Le verdict marque la fin d’un procès marquant, qui a vu défiler les témoignages des proches des victimes et des experts en terrorisme. Il rappelle aussi la persistance de la menace terroriste en France et la nécessité d’un dispositif judiciaire implacable face aux attaques islamistes. Brahim Aouissaoui dispose désormais de dix jours pour faire appel du jugement. S’il choisit cette voie, un second procès pourrait avoir lieu, mais la sévérité du premier verdict laisse peu de place à un assouplissement de sa peine.