Selon le baromètre annuel de l’Unicef France et de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), 2 159 enfants sont toujours sans solution d’hébergement à quelques jours de la rentrée 2025, dont plus de 500 âgés de moins de 3 ans. Une augmentation de 30 % en deux ans qui illustre l’échec des politiques publiques en matière de logement.
Alors que les élèves se préparent à reprendre le chemin de l’école, des milliers d’enfants en France n’ont toujours pas de toit. Le baromètre dévoilé le 28 août par l’Unicef France et la FAS recense 2 159 mineurs dormant à la rue, après avoir sollicité en vain une place d’hébergement via le 115, le numéro d’urgence du Samu social. Le constat est d’autant plus frappant que 503 d’entre eux ont moins de trois ans et 171 sont âgés de moins d’un an. « Ces chiffres sont en constante augmentation », alerte le rapport, qui rappelle qu’en 2022, environ 1 660 enfants étaient recensés dans cette situation. Soit une hausse de 30 % en seulement deux ans.
Des chiffres sous-estimés selon l’Unicef
Pour l’Unicef, ce baromètre ne montre qu’une partie de la réalité. « Ces chiffres sont largement sous-estimés. Ils ne comptabilisent que les familles qui ont appelé le 115. Ils excluent les mineurs non accompagnés sans abri, les familles en squats ou en bidonvilles », explique Adeline Hazan, présidente de l’organisation. Elle ajoute que 43 500 enfants vivent actuellement dans des hôtels sociaux ou des centres d’hébergement d’urgence : « Cela représente l’équivalent d’une ville comme Arras », insiste-t-elle. Autrement dit, au-delà des sans-abri visibles, des dizaines de milliers d’enfants vivent dans une extrême précarité résidentielle.
Si la hausse touche toutes les catégories sociales, les familles apparaissent les plus vulnérables. Elles représentent 60 % des personnes sans solution d’hébergement. Leur nombre a augmenté de 5 % par rapport à 2024 et de près d’un tiers depuis 2022. Parmi elles, les femmes seules avec enfants sont particulièrement frappées. Leur nombre a bondi de 58 % en deux ans. Elles représentent aujourd’hui plus d’un tiers des familles recensées. Les territoires les plus touchés sont l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie et les Hauts-de-France, mais la situation est également critique en outre-mer, où le mal-logement touche une large partie des populations précaires.
Une chaîne du logement bloquée
Pour les associations, cette hausse dramatique est la conséquence d’une saturation structurelle des dispositifs d’hébergement d’urgence, conjuguée à une crise du logement social.
- La production de logements sociaux est au plus bas depuis plusieurs années.
- Les attributions stagnent alors même que le nombre de demandes explose.
- Le parc privé, de plus en plus cher et compétitif, devient inaccessible pour les familles précaires.
« La chaîne d’accès au logement est totalement paralysée », dénoncent les ONG.
Conséquences directes sur la santé et la scolarité
Au-delà des chiffres, les associations alertent sur les conséquences concrètes pour ces enfants. La vie à la rue ou en hébergement précaire entraîne des retards de développement, des problèmes de santé (sous-nutrition, maladies respiratoires, troubles psychiques) et des difficultés scolaires. « Comment apprendre à lire quand on dort dans une voiture ou dans un abri de fortune ? », interroge une bénévole d’association en Île-de-France. Selon des enseignants mobilisés, la rentrée est chaque année marquée par l’arrivée d’élèves dont les conditions de vie rendent impossible une scolarité normale.
En 2017, le président Emmanuel Macron avait promis qu’« à la fin de l’année, plus personne ne dormirait dans la rue ». Huit ans plus tard, les associations dénoncent un échec flagrant des gouvernements successifs à tenir cet engagement. Chaque hiver, des dispositifs temporaires sont mis en place, mais dès le printemps, des milliers de familles se retrouvent à nouveau dans la rue. « On ne peut plus se contenter de mesures d’urgence, il faut une vraie politique structurelle », insiste la FAS.
Dix recommandations pour sortir de l’impasse
Dans leur rapport, l’Unicef et la FAS formulent dix propositions à l’attention du gouvernement. Parmi elles :
- Sauvegarder toutes les places d’hébergement existantes.
- Créer au moins 10 000 nouvelles places dans les mois à venir.
- Voter à l’Assemblée une résolution « pour mettre fin au sans-abrisme des enfants ».
- Lancer une loi de finances rectificative en 2025 afin d’investir massivement dans l’hébergement d’urgence et le logement social.
À la veille de la rentrée scolaire, ces chiffres révèlent une réalité invisible pour beaucoup : la France, sixième puissance économique mondiale, laisse encore des milliers d’enfants sans toit.
Pour les associations, la situation ne peut plus être tolérée : « Il est inacceptable que des bébés, des enfants en bas âge ou des collégiens dorment dans la rue en 2025 », alerte Adeline Hazan. À défaut de décisions fortes et rapides, c’est une génération entière qui risque de grandir dans l’insécurité, la précarité et l’exclusion.